01/08/2007

Bike Wars : la saga continue

Il n'y a pas si longtemps, dans un univers pas si lointain... celui du Tour de France 2007. L'empire UCI dirigé par Pat «Dark» McQuaid, disciple de l'ex-empereur Hein Verbruggen, veut imposer la loi de son arme absolue le «Pro Tour» ainsi que son approche ambiguë vis à vis du problème du dopage à toute la galaxie cycliste. La rébellion ASO menée par Christian «Luke» Prudhomme et Patrice «Yoda» Clerc, refuse le dictat de l'empire UCI afin de sauver le Tour de France de la destruction totale. Alors que la «Guerre des Vélos» entre l'UCI et ASO vient tout juste d'être officiellement déclarée, il est pour l'instant difficile de se prononcer sur l'issue de ce conflit qui conditionne en grande partie la survie à court terme de ce sport merveilleux qu'est le cyclisme.


Episode I - La menace dopage
Alors que tous les amoureux du vélo souhaitaient que cette 94ème édition du Tour de France soit celle de la «reconquête», le dopage a une nouvelle fois été l'objet de toutes les attentions durant tout ce mois de juillet. Organisée par ASO (Amaury Sport Organisation), le plus bel évènement cycliste de la planète qui fait partie intégrante du patrimoine sportif et culturel français est aujourd'hui plus que jamais sous la menace directe du dopage. Pour preuve, des sponsors historiques tel Adidas ou le Crédit Agricole ainsi que, pour la première fois, des diffuseurs de l'épreuve (les chaînes publiques allemandes ARD et ZDF) ont décidé de jeter l'éponge suite aux nouveaux scandales qui ont eu lieu cette année. C'est sans doute pourquoi Christian Prudhomme, le directeur du Tour, a déclaré après l'exclusion de Vinokourov que : «ceux qui trichent jouent à la roulette russe. Il faut qu'ils se mettent bien ça dans la tête»(sic). Pour prévenir ce type de comportements suicidaires les organisateurs du Tour ont donc dans un premier temps refusé d'inscrire les coureurs impliqués dans l'affaire Puerto puis imposé à l'UCI (Union Cycliste Internationale) une charte à faire signer par tous les coureurs avant le départ de la compétition. Ce document stipulait que les coureurs acceptaient de donner leur ADN à la justice espagnole et de verser le montant de leur salaire annuel en cas de violation de la règle antidopage lors du Tour de France. Cette dernière mesure qui s'attaque enfin au nerf de la guerre qu'est l'argent n'a cependant pas réellement eu les effets escomptés au regard de la prolifération des nouvelles affaires de dopage qui ont entaché à nouveau cette épreuve.

Episode II - L'attaque des dopés
Le premier a avoir été pris par la patrouille se nomme Patrick Sinkewitz. L'allemand de l'équipe T-Mobile (elle-même déjà au cœur d'un scandale sans précédent en Allemagne suite aux révélations faites par Jeff d'Hont son ancien masseur de 1992 à 1996) a été rattrapé pendant le Tour par un contrôle positif à la testostérone après un test inopiné réalisé lors d'un entrainement. Le deuxième cas de dopage, encore plus retentissant, a été celui du coureur kazakh Alexandre Vinokourov. Grand favori de l'épreuve, ce dernier s'offusquait à la veille du départ londonien de la grande boucle que l'on puisse s'étonner de sa collaboration avec le tristement célèbre Docteur Ferrari (grand ami de Lance Armstrong...). Victime d'une chute qui lui enleva ses chances de victoire finale, le leader de l'équipe Astana qui avait remporté deux belles étapes lors de ce Tour 2007 a lui été convaincu de dopage par transfusion homologue (soit l'utilisation du sang d'un donneur compatible pour améliorer son taux d'hématocrite). Il a donc, comme le veut la tradition, été exclu de la compétition avec toute son équipe. Un autre coureur a été également déclaré positif à la testostérone en la personne de l'italien Cristian Moreni de l'équipe Cofidis. Pour finir en beauté, on vient tout juste d'apprendre que Iban Mayo le basque de l'équipe Saunier-Duval a lui été pris la main dans le pot d'EPO lors de la journée de repos du 24 juillet.

Episode III- La revanche de l'UCI
Mais la polémique la plus importante de ce Tour 2007 reste celle liée au cas du danois Michael Rasmussen. A quatre jours de l'arrivée sur les Champs Elysées, le maillot jaune qui avait écœuré tous ses adversaires sur les pentes des Alpes et des Pyrénées et qui devait logiquement remporter les 450.000€ dévolus au vainqueur a été exclu de son équipe Rabobank pour avoir menti sur son lieu d'entrainement lors de sa préparation afin d'éviter les contrôles inopinés. L'UCI qui était au courant de ce manquement grave à son règlement a donc volontairement omis de signaler ces manquements à l'organisateur de la grande boucle qui s'il l'avait su aurait certainement refusé la participation de ce coureur et de son équipe. De là à voir une manœuvre de l'Union Cycliste Internationale destinée à jeter le discrédit sur une épreuve avec qui elle a des relations conflictuelles depuis longtemps il n'y a qu'un pas. Pas que ASO, par la voix de son directeur général Patrice Clerc, n'a donc pas hésité à accomplir en accusant ouvertement l'UCI d'avoir voulu porter un coup fatal au Tour de France. Avec ce coup tordu, l'UCI aurait fait payer à ASO le conflit qui les oppose depuis la création en 2005 de son «Pro Tour». Ce système qui oblige les 20 équipes élites choisies par l'UCI à participer aux 27 épreuves de son calendrier est censé donner un classement mondial individuel et par équipe clair destiné à promouvoir l'image du cyclisme. ASO de son côté souhaite conserver le pouvoir d'inviter qui bon lui semble sur les épreuves qu'il organise (Le Tour de France, Paris-Nice, Le Critérium International, Paris-Roubaix, La Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Le Tour de Picardie, Le Tour de l’Avenir, Paris-Tours). Son but est ainsi d'éviter l'hypocrisie de certains directeurs sportifs en ne sélectionnant que des équipes qui ont la volonté affichée de lutter efficacement contre le dopage.

Episode IV – La guerre des vélos
Dès la fin du Tour, Patrice Clerc et Christian Prudhomme, ont dénoncé de concert l'incompétence et même la malveillance de l'UCI et de son président à leur égard. Pat Mc Quaid, quant à lui, a critiqué les scandales répétés de dopage qui touchent le Tour depuis de nombreuses années ainsi que le choix fait par ASO d'avoir invité l'équipe Astana de Vinokourov (non membre du Pro Tour!). Concernant le cas Rasmussen, l'UCI, pour sa défense, argue du fait que l'article 45 de son règlement qui prévoit la non-participation d'un coureur ayant été averti dans les 45 jours précédant un grand tour «n'est pas proportionné à la faute» et qu'elle aurait pu se retrouver devant un tribunal si elle avait décidé de l'appliquer... Patrice Clerc a, de son côté, répondu en indiquant que le Tour de France souhaite désormais se dégager des «agissements, des manques de transparence et de professionnalisme» des dirigeants actuels de l'UCI en se tournant vers les fédérations, les pouvoirs publics et les agences de lutte contre le dopage. La guerre des vélos qui était larvée depuis de nombreuses années est donc aujourd'hui officiellement déclarée.

Episode V – Le dopage contre-attaque
A peine Alberto Contador a t-il été sacré sur les Champs Elysées que les soupçons relatifs à sa performance sont déjà à l'ordre du jour. A l'instar de nombreux de ses prédécesseurs (Delgado, Riis, Ullrich, Pantani, Armstrong, Landis) la performance de cet espagnol membre de la Discovery Channel (l'ancienne équipe de Lance Armstrong) cité puis innocenté dans l'affaire Puerto, est déjà sujette à caution. En effet sa récente victoire est qualifiée par l’expert allemand de la lutte antidopage, Werner Franke, de «plus grosse escroquerie de l'histoire du sport». Ce spécialiste connu pour sa verve, parfois à l'emporte pièce, affirme avoir en sa possession la liste du protocole de dopage de Contador contenant de l'insuline, une hormone stimulant la sécrétion de testostérone ainsi qu'un produit pour l’asthme. Il dénonce également le fait que les autorités sportives espagnoles couvrent leur coureur dans cette affaire. Il convient donc de se demander si les tenants de la lutte contre le dopage finiront un jour par rattraper le retard qu'ils ont sur les tricheurs (Rasmussen a subi 17 contrôles anti-dopages, sans qu'un seul n'ait été positif...). L'évolution du dopage avec bientôt l'apparition des molécules liées au génie génétique est un problème dramatique qui doit légitimement préoccuper tous ceux qui veulent rétablir à court terme la crédibilité du cyclisme.

Episode VI – Le retour du cyclisme
Pour lutter contre le dopage dans le sport en général et le cyclisme en particulier, Jean-François Lamour, actuel vice-président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), a évoqué récemment la nécessaire amélioration des méthodes de détection, la multiplication des contrôles inopinés lors des préparations, ainsi que l'aggravation des sanctions pour un sportif convaincu de dopage. Ces mesures pourraient être adoptées dés novembre, lors de la prochaine Conférence mondiale antidopage, à Madrid. Conférence durant laquelle Jean-François Lamour briguera la succession de Dick Pound à la tête de l'AMA. Pour sauver le cyclisme Patrice Clerc a lui émis l'idée de la création d'un «passeport éthique» qui serait délivré aux équipes respectant les règles de la lutte antidopage ainsi que l'étude du lancement d'une nouvelle formule pour le Tour de France avec le retour d'équipes nationales. Certaines équipes françaises et allemandes inquiètes pour leur propre survie ont elles pris les devants en fondant un «Mouvement pour un cyclisme crédible».
Reste à espérer que toutes ces mesures seront suffisamment efficaces pour sauver le Tour de France, l'évènement sportif le plus populaire après la Coupe du monde de Football et les Jeux Olympiques. Tous ceux qui aiment le vélo et qui malgré tout continuent de suivre chaque année avec passion le Tour de France n'ont plus qu'un seul espoir : que la Force soit enfin avec ceux qui veulent vraiment sauver la galaxie cycliste du dopage !


3ème mi-temps

Portrait d'un porteur d'eau
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Le vrai secret de Lance Armstrong

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Dopage : à qui le tour ?
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4 commentaires:

Bixente a dit…

Aloha,
j'ai trouvé la comparaison du monde du vélo et de star wars très intéressante même si le sujet est très grave... (coté obscur de la force) Les tricheurs décrédibilisent le sport en général et le vélo en particulier. Ils meritent des amendes et la prison comme les voleurs et les assassins qu'ils sont.

Labelleépoque a dit…

J'ai beaucoup aimé !! Et je ponctue avec ce que j'écrivais ailleurs : "le
dopé obscur est très puissant"...

JBD a dit…

Chaque camp à sa part "obscure". Si ASO lutte contre le dopage, la lutte contre l'UCI cache aussi des intérêts financiers. L'UCI souhaite récupérer une manne plus importante du chiffre d'affaires généré par Le Tour de France, mais ASO ne veut rien lâcher. Il est là le véritable enjeu.

brice a dit…

Bonjour tout le monde ! Je suis un grand fan de vélo, le cyclisme c'est une grande partie de ma vie... je voulais réagir au conflit qui existe entre l'UCI et ASO ! Mon soutien va entièrement à l'organisation du tour ! En effet, il me semble que l'UCI a bien laissé trainer l'histoire RASMUSEN alors qu'elle était au courant afin que cela éclate en plein tour ! histoire de régler ses comptes avec ASO... c'est très malin, félicitations à la plus haute instance du cyclisme pour ce geste (vraiment stupide !!) ! ce n'est pas en se faisant des coups comme cela que le dopage sera éradiqué... maintenant que l'UCI a bien terni l'image tour, reste à présent à trouver un terrain d'entente entre ces deux organisations ?? il en serait grand temps... en attendant des jours meilleurs !